Poe



Et par une nuit fatiguée, je sentis mon cœur s'agiter
Et le sang dans mes veines se remit à couler, inattendu.
Car la Mort m'avait déjà pris, plus d'un siècle passé dans l'oubli,
Mais, contre mon gré, je revins pourtant, os chair et nerfs tendus,
J'étais vivant, et rien de plus.

« Mais quel est ce triste prodige ! J'étais mort ! Et je revis ! », dis-je.
C'est à la lune que je m'adressais car nulle âme ne souillait ces rues.
Car c'est en ville que je crachais cet air qu'à nouveau j'abhorrais.
Il était vicié, sale et noir, déjà je me sentait fourbu.
Vivre à nouveau, mais dans quel but ?

L'époque n'était plus la même, mais les ombres que la nuit sème
Demeuraient glacées comme à cette époque d'où j'étais venu.
Oh, tant de choses avait changé... Mais dans mon cœur je le sentais :
Tout me paraissait haïssable, autant qu'avant, si ce n'est plus.
C'est cela, vivre, et rien de plus.

L'idée de vivre me répugnait, et dans mon cœur je haïssais
Ce destin affreux qui m'avait ordonné de vivre un peu plus.
Le néant m'était arraché, le ver en moi m'avait rongé
Mais, encore, on me renvoyait errer dans ce monde, las et sans but.
Moi qui croyais que jamais plus...

Et j'errais dans ces rues sordides, trainant mon cadavre livide,
Maudissant cette nuit et les dieux qui à la Terre m'avaient rendu
Aimer encore ? Souffrir encore ? Boire à nouveau... Mourir encore.
Côtoyer à nouveau ces êtres horribles, ces singes nus ?
Vivre à nouveau ? Oh ! Jamais plus !

Alors je trainais ma carcasse à travers la nuit et la crasse,
Vers la seule idée claire qui me vint, mon seul espoir de Salut.
Oui, j'entendais au loin le son si consolateur des rebonds
De l'eau sur les murs d'un quai ou d'un pont. Oui, j'étais résolu.
Vivre à nouveau ? Oh ! Jamais plus !
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And the blood in my veins, unexpected, flowing again.

For for it had been more than a century, since Death had already taken me,

But against my will, there I was, strained bones and flesh and nerves,
I was alive and nothing more.


"What sad miracle is this! “ I said , “I was dead! and now I live!"

I addressed the moon, as there were no souls to spoil those streets.
For in town I was, spitting out this air I abhorred once more...
It was rancid, dirty and black, and already I was worn out.
Live, again, and what sfor?


While  differed, shadows by the night scattered

Remained as glacial as they were in the days I came from.
O, so much had changed... But I felt it in my heart:
Everything was still despicable, as before, if not more.
This is what living is, and nothing more.


The mere thought of living made me sick, in my heart only hatred

For this ill fate that had me be alive a little longer.
Nothingness taken from me, I was devoured by the worm inside.
Yet here I was, thrown back tired, and without purpose, into this world,
When I'd thought, nevermore...



Here I was, dragging my blanched corpse, on those wretched streets,

Cursing at this night and the gods who to this Earth brought me back
Love, again? Suffer, again? Drink, again? Die, again...
Walk alongside those horrid beings, those naked monkeys?
Live, again? O, nevermore!


And so I dragged my remains through the night and filth

Towards the only idea I could have, my only hope of redemption
In the distance, the oh so comforting sound of water
Bouncing off the walls of a quay or a bridge. Oh how determined I was.
Live, again? O, nevermore!
 



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